Rétrogaming, l’élite qui ne vous passe pas la manette

https://i1.wp.com/www.le-toaster.fr/wp-content/uploads/2012/07/collection_retrogaming2.jpg

Aujourd’hui le rétrogaming est de plus en plus convoité par les joueurs les plus curieux soit pour découvrir des jeux qu’il n’a pas connu, soit pour redécouvrir des jeux qu’il a pu jouer dans sa tendre jeunesse, soit pour tout simplement posséder le jeu non pas pour y jouer mais tout simplement pour le posséder tout court. Ces derniers sont les collectionneurs. Ce sont des personnes qui veulent posséder le jeu dans l’état le plus nickel qu’il soit avec sa boîte, sa notice. Le collectionneur ne tient pas à déballer son jeu dans la furie de le mettre dans la console pour y jouer immédiatement, il va le ranger sagement dans sa ludothèque ou même l’exposer dans sa vitrine pour les jeux ayant l’élite suprême de faire partie des jeux « must-have » ou des jeux rares ou même des versions collectors. Ces collectionneurs deviennent de plus en plus nombreux dans cette tendance du vintage dans le domaine du jeu vidéo qu’ils accumulent de plus en plus de jeux jusqu’à faire monter les prix pour ces jeux, ce qui en fait une cote. Certains de ces jeux comme l’excellent shmup Radiant Silvergun sur Saturn ou le très convoité Nintendo World Championships sur NES, en deviennent presque introuvables à moins de dépenser des fortunes en vendant sa maison. Les joueurs les plus curieux aux bourses les plus modestes voulant découvrir ces jeux ne peuvent plus mettre la main sur ces jeux sans avoir à passer par l’émulation.

3615 Usul – L’émulation

L’émulation, cette pratique consistant à jouer à des jeux sur un périphérique à l’aide d’un logiciel (l’émulateur) interprétant les mêmes comportements matériels et logiciels d’une console ou d’un autre périphérique de jeu. Même si cette technique est utilisée légalement par les jeux PSN, Xbox Live Arcade et la Console Virtuelle, elle existe aussi sur PC d’une manière moins légale par la récupération de ROM et de BIOS protégés par le droit d’auteur en France et le Copyright en Amérique. Cette technique, par le biais des plateformes légales, permet de faire redécouvrir des jeux sur les consoles actuelles. Cependant le catalogue reste limité à un certain nombre de jeux. Sur les plateformes illégales, il vous est possible d’obtenir en un clic, tout le catalogue de jeux de chaque console ! Cela permet aussi de découvrir des jeux non connus en Occident car sortis uniquement au Japon, ou même des hacks de jeux ou encore des traductions par des fans de jeux écrits à l’origine en japonais. Le problème est que l’émulation conduit à une utilisation certes moins coûteuse que l’achat d’un jeu ou d’une console à prix de plus en plus élevé, mais constitue à une atteinte au droit d’auteur. Qu’en conclure sur le marché des jeux rétro à prix prohibitifs ? L’augmentation des prix de ces jeux ont conduit les joueurs à se tourner davantage sur l’émulation illégale et gratuite.

Autre problème : l’utilisation de l’émulation illégale sur PC vous conduit à jouer d’une manière différente que sur une véritable console de jeu. Votre clavier remplace le contrôleur, ce qui rend la maniabilité et les conditions de jeu en votre défaveur. L’appréciation véritable d’un jeu s’en retrouve donc faussée. De même que de jouer à un jeu NES sur émulateur avec une manette de Xbox 360 ou de Xbox One fausse l’expérience de jeu. Essayez de jouer à Super Mario Bros. avec un joystick de la manette et vous allez plus galérer qu’avec une simple manette NES originale. Et même si vous jouez avec la croix directionnelle d’une manette de Xbox 360 ou de Xbox One, remarquez la différence avec une vraie croix directionnelle de la NES, l’emplacement des boutons sont modifiés par rapport à une manette NES.

L’alternative consiste à acheter une manette originale pour la brancher sur PC, soit vous choisissez l’option d’une manette en USB soit vous choisissez l’option d’un adaptateur de manette originale vers USB. Admettons ceci : vous achetez votre manette Nintendo 64 ou Dualshock et l’adaptateur approprié pour jouer à des jeux Nintendo 64 ou PlayStation sur PC via l’émulation, les conditions de jeux sont plus favorables pour vous ? Et bien pas tout à fait. Il est plus difficile de faire des émulateurs de consoles récentes (3D) que des émulateurs d’anciennes consoles en 2D. Ce qui signifie que l’émulation sur Nintendo 64, Saturn, PlayStation, Dreamcast, PS2, Gamecube et Wii reste à un stade de développement avancé mais pas aussi avancé ni aussi parfait que l’émulation NES, Megadrive ou Super Nintendo. Observez alors une différence de rendu sur émulation que sur console, un ralentissement sur certains passages de certains jeux… cela dépend certes peut-être de votre configuration de l’émulateur, ou bien de la puissance de votre PC, ou bien le développement de l’émulation qui se trouve non abouti. Me direz-vous : « Ce n’est pas grave ! Après tout on peut jouer normalement et apprécier quand même un jeu. Je ne suis pas à ça près ! ».

https://i1.wp.com/image.noelshack.com/fichiers/2014/33/1407786088-residentevilcompa.png

Comparaison Resident Evil (Rebirth) sur Gamecube entre l’original, la version remasterisé sur Wii et la version émulée sur Dolphin.

Il n’empêche que l’émulation peut rendre un jeu instable par des crashs permanents, des glitchs, des ralentissements… Ce qui est problématique même si certains jeux sont quasi-parfaitement émulés. L’utilisation de l’émulation légale via le PSN, le Xbox Live Arcade et la Console Virtuelle est l’émulation la plus optimisée car l’émulateur dédié au jeu est conçu par le constructeur lui-même qui connait les subtilités technologiques de ces anciennes machines et est légal. Ce qui signifie que l’émulation payante via ces plateformes permet de faire vivre les acteurs ayant conçu le jeu et la technologie d’émulation dédiée au jeu permettant de faire vivre l’industrie du jeu vidéo qui je vous le rappelle dépend de son marché. Mais alors me direz-vous : « J’achète un jeu original en occasion, l’industrie ne peux pas vivre grâce à moi car les acteurs ayant contribués à la réalisation du jeu ne touchent pas sur le marché de l’occasion même si le jeu a été payé une fois en neuf et donc a permis à ces acteurs de vivre en ayant payé une fois le jeu à l’état neuf. Donc si je télécharge la ROM d’un jeu gratuitement sur Internet, la ROM provient bien d’un jeu original payé au prix du neuf au départ. Donc le résultat est le même ? ». Dans un certaine mesure oui c’est la même chose mais dans la première situation : vous donnez ou prêtez un jeu dans sa version physique : la propriété du jeu revient donc de personne à une autre personne.

Dans la deuxième situation : vous copiez le jeu (dumper un jeu) depuis sa version physique pour mettre à disposition une version numérique dérivée du jeu à d’autres possédant le jeu original ou non. Cette pratique est interdite car il s’agit du piratage d’un jeu, dans le jargon juridique on ne dira pas que c’est du vol mais plutôt de la contrefaçon. En effet vous gardez pour vous la version physique du jeu pour la dupliquer ensuite dans sa version numérique illégalement car les conditions générales d’utilisation vous l’interdit sans l’autorisation de ses auteurs. En revanche vous êtes autorisé (ou toléré) de vendre votre jeu en occasion ou même de le donner à quelqu’un car l’intégrité de l’objet est préservé : vous ne conservez pas le jeu pour vous tout en le donnant ou en le vendant mais vous faites une transaction, un échange de propriété de l’objet. La question est donc juridique. Alors est-ce que la montée des prix des jeux rétro vous force à vous mettre hors la loi ? Oui bien sûr car vous êtes contraint de vous tourner vers l’offre la plus alléchante à savoir l’émulation illégale sur PC ou le téléchargement illégal de ROMs sur des linkers pour consoles. L’alternative reste donc l’émulation légale via les consoles, mais sans la nostalgie originale dans l’temps.

Reportage consacré au rétrogaming : « On n’est plus de Pigeons » diffusé sur France 4

Le danger d’une telle montée des prix vous condamne donc à vous mettre hors la loi mais aussi bloquer les joueurs de jouer à des jeux même les plus connus car soit trop chers ou trop rares car le stock de jeux rétro s’épuise avec le temps en raison de l’arrêt de la production de ces jeux et de l’accumulation de collections par les collectionneurs. Vous souhaitez jouer à Radiant Silvergun ? Trouvable uniquement en version japonaise sur Saturn dans sa version originale, le jeu vous coûtera entre 150 $ et 250 $ dans un très bon état ! Merci le taux de change favorable du dollar vers l’euro pour profiter du jeu mais quand un jeu vaut 2 à 4 fois le prix d’un jeu récent et neuf sur les consoles actuelles, ça vous incite à le prendre soit sur le Xbox Live Arcade au prix de 14.39 € soit de le télécharger illégalement et gratuitement dans sa version ISO (fichier image CD) pour le mettre sur l’émulateur que vous aurez préalablement installé et configuré.

La faute à qui ? Aux collectionneurs ? Oui mais il existe en France un homme désigné par « une élite » de joueurs rétro comme le référent absolu sur ce marché du rétrogaming bloquant ainsi tout marché libre des jeux rétro. Il est là pour réguler le marché à sa manière en mettant le « juste prix » aux jeux à vendre : je parle de Camille Coste. Cet « expert » se veut être le digne expert officiel du marché rétrogaming chargé de mettre un prix universel pour les jeux lors de ventes aux enchères comme celle de l’hôtel des ventes Drouot par Million & Associés où 350 pièces de jeux vidéo furent estimées par M. Coste entre 50 € et 12 000 €. Des pièces comme une simple cartouche Nintendo 64 neuve sous blister vendue 9 800 € ou encore la Magnavox Odyssey vendue au prix de 2 800 € hors commissions s’élevant à 25 % ! Des tarifs qui sont exorbitants que certains même dans l’assistance trouveront des prix trop élevés et surcotés comme un pack NES avec le célèbre Teenage Mutant Hero Turtles vendu à 200 € trouvable à 80 € sur Internet.

https://i1.wp.com/8581-presscdn-0-33.pagely.netdna-cdn.com/wp-content/uploads/2013/06/goldeneye.jpg

L’exemplaire de GoldenEye 007 vendu à 9 800 € lors de la vente aux enchères de Millon.

Et pour ce qui est des commissions très prohibitives, elles sont cachées très subtilement : vous ne savez pas à l’avance quel est le taux de commission sur Millon. Hedge avait fait part de son expérience des ventes aux enchères par Million et Camille Coste qu’il a rencontré : personne ne lui a parlé des commissions exorbitantes de Millon. C’est donc l’acheteur : Hedge qui a découvert suite à ses achats aux enchères par Millon, la somme colossale de commissions de 107.11 € pour 370 € d’achat soit un total TTC de 477.11 € à payer au total alors que ce dernier croyait à des commissions comprises dans le prix d’achat. Voulant se renseigner, ce dernier n’hésita pas à consulter les conditions générales de ventes sur le site Internet de l’organisateur de la vente aux enchères : Millon et se rendit compte qu’elles n’étaient pas apparentes sur leur site Internet voire inexistantes lorsqu’on clique sur le bouton dédié aux conditions générales de vente sur le feuillet de la vente en question, avant que la société lui dise d’aller voir dans les actualités et presse du site pour les consulter (chose qui n’a strictement rien à voir). La société Millon indique vouloir prélever 24,125 % HT soit 28,95 % TTC jusqu’à 500 000 euros d’achat ce qui est conséquent. Un manque cruel d’information de la part de Millon et aussi de Camille Coste qui n’a pas prévenu Hedge, l’acheteur de rajouter 30 % en plus de sa surenchère pour d’éventuelles commissions alors qu’Hedge n’était pas initié à la pratique des enchères.

Hedge donne son avis sur… Millon (ventes aux enchères)

Pour en revenir à Camille Coste, il considère dans l’émission sur France 4 « On n’est plus des pigeons ! » qu’il pratique une valeur réelle et indiscutable sur un jeu sur le marché par le prix que souhaite mettre les joueurs les collectionneurs. Car oui on est clairement dans un marché d’élitiste de collectionneurs plutôt que dans un véritable marché grand public. Ce dernier refuse donc les prix type Le Bon Coin à 5, 15 € comme on pouvait le trouver dans les brocantes dans l’temps mais plutôt les prix de ce qu’il considère comme « les vrais collectionneurs » à 100 €, 150 € voir plus et c’est là où est le problème. Le marché du jeu rétro est devenu un marché pour les collectionneurs et non plus pour les joueurs ce qui est un comble pour un média basé sur le jeu.

La faute aussi par une cote qui serait trop haute par une méthode de calcul bien trop avantageuse pour les revendeurs : des commissions élevées et une méthode de calcul de la cote qui se refuse de prendre les prix pratiqués aussi sur le net par d’autres personnes type Le Bon Coin. Il ne faut pas calculer la cote en ne prenant que les prix de la demande et de l’offre provenant des collectionneurs uniquement, cela n’a aucun sens. C’est restreindre un marché à une élite pour un public bien trop large : plus ou moins collectionneur. Il ne faut pas non plus calculer une moyenne des tarifs de la demande et de l’offre au global car c’est comme si vous faisiez la moyenne du salaire des personnes en France : la plus part des personnes salariées gagnent entre 1000 et 2000 € par mois net, si vous faites la moyenne des salaires avec un footballeur gagnant beaucoup plus, votre chiffre ne sera pas faux car le calcul est juste mais offre une mauvaise interprétation de la réalité car ce que l’on appelle l’écart-type, c’est-à-dire la dispersion de la série statistique (se calculant par la racine carrée de la variance : variance définie par la somme des produits des valeurs par leurs effectifs divisée par l’effectif total) est trop importante. Plus l’écart-type est élevé, plus les valeurs sont dispersées et plus votre population est hétérogène. Ce qui est le cas pour ce marché du rétrogaming : des prix très différents et très dispersés. La solution serait alors de calculer un prix médian, plus représentatif du prix des jeux sur le marché.

3615 Usul – Le rétro

Alors quand la plus part des personnes fans de jeux rétro trouvent les prix trop élevés alors c’est que les critères servant à définir « la cote » du marché n’est pas conforme à l’offre et la demande du marché. Dans ce cas, vous me diriez que le prix aurait dû baisser depuis ces dernières années vu l’abandon progressif de certains. Et bien non ils se sont stagnés voir augmentés encore et encore car le marché se niche vers les collectionneurs et non les joueurs. C’est donc bel et bien un marché d’élitistes forcés de faire leur loi sur le marché considérant le marché du jeu rétro comme un marché d’œuvres d’art et d’antiquaires à prix fixes n’acceptant qu’un seul marché « officiel » détournant ainsi d’autres marchés parallèles, plutôt que des produits culturels destinés aux joueurs. Les joueurs, eux restent sur la touche, se contentant de passer par l’émulation. Quitte à braver la loi.

Article Premiere.fr sur la vente aux enchères Millon de jeux-vidéo à l’hôtel des ventes Drouot.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.